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Né en 1969, à Saint-Pierre, La Réunion 
Vit et travaille à Paris  

« Terre, ici la couleur est évidente » (1970)

Photographie, tirage numérique sur Dibond,140 × 186 cm, Collection FRAC Réunion 


La photographie Terre, ici la couleur est évidente présente le détail en plongée d’une flaque de sang en grand format. Le liquide photographié plein cadre exprime ainsi toute son intensité, sa viscosité et ses variations de couleur dans un camaïeu de rouge qui emprunte directement à la peinture expressionniste abstraite. La photographie s’appuie sur la vue aérienne pour offrir une carte imaginaire où l’on retrouve des continents et des océans. Vision d’une géographie terrestre unifiée par la couleur d’un liquide qui coule dans nos veines, cette photographie fonctionne comme une image générique, prête à accueillir toutes les images du monde. Sa force réside dans l’association du titre et du visuel, elle agit comme un choc. Si les caractéristiques esthétiques sont différentes des autres projets photographiques de l’artiste, qui très souvent met en scène des figures et des objets dans ses images, la radicalité de cette image ne rompt pourtant pas avec sa manière de faire : des images plurivoques qui fonctionnent comme des images-messages. Questionnant le rapport de l’homme au monde, elles font contrepoids aux problématiques sociétales. Terre ici la couleur ici est évidente fait écho à Disparitions (2012), une commande du Département du Val-de-Marne en hommage à Aimé Césaire, soit un panneau de bois assemblé en parquet de Versailles sur lequel l’artiste a inscrit par brûlure « Les blessures des ancêtres font saigner les enfants ». 
 

Thierry Fontaine est quasiment toujours présenté comme un photographe. S’il utilise bien le médium photographique depuis la fin des années 1998, le cœur de sa réflexion plastique est bien sculptural. Les corps plongés dans la mer ou la forêt, recouverts de boue épaisse, les visages sont masqués, les masques pleurent de la cire, les souliers se parent d’épines d’oursins, etc. Thierry Fontaine recherche une poésie sacrée au cœur du vivant, de ses matières et de ses métamorphoses. L’artiste associe les éléments (la terre, l’eau, l’air et le feu) pour traduire une relation charnelle avec un écosystème, celui de l’île de La Réunion. Au creux de cette relation complexe s’installe une dimension sacrée, nécessairement syncrétique du fait de l’histoire de la société réunionnaise. Aujourd’hui son œuvre est principalement photographique et ses recherches interrogent les notions d’identité, de déplacements, d’échanges, en se mettant en scène dans le paysage de son île natale ou en faisant poser des figurants. Ses photographies, par la composition, l’utilisation d’objets signifiants et l’enregistrement d’actions, soulèvent des questionnements identitaires et existentiels où l’homme est au centre de son espace naturel.