Né en 1958 à Paris, France Vit et travaille à La Rivière, La Réunion
« World, de la série Le Tropisme du lambrequin » (2013)

Photographie numérique couleur sur tirage papier baryté mat, 60 x 90 cm, collection du Frac Réunion
Depuis 1999, Jean-Claude Jolet explore les pratiques vernaculaires réunionnaises : l’artisanat, les formes et les matériaux présents au quotidien, les inventions amateures et autres fabrications plus ou moins visibles. Sa réflexion artistique questionne le métissage et la créolité tout en ayant conscience que la notion d’identité peut être un piège duquel il faut se méfier. Afin de ne pas tomber dans ce piège, l’artiste s’emploie à étudier les survivances
de l’histoire coloniale de l’île de La Réunion. Ces survivances se sont acculturées, elles ont été créolisées et participent aujourd’hui du patrimoine culturel réunionnais. En décortiquant l’histoire et les éléments visibles de la créolisation, l’artiste amène une juste distance et une juste mesure auprès d’un imaginaire collectif en proie au gommage, à l’oubli, aux amalgames et aux revendications faussées. Pour la série intitulée Le Tropisme du lambrequin (sculpture, photographie et vidéo), l’artiste fixe son attention sur un motif : le lambrequin. Un motif, développé en frises sur les frontons des maisons créoles, que l’on pense créoles, mais dont l’origine est pourtant européenne. Paradoxe de l’Histoire, le lambrequin est aujourd’hui synonyme d’exotisme aux yeux des Occidentaux. Ce phénomène d’acculturation contient une violence, celle de la colonisation, que l’artiste transpose en sculptant le motif du lambrequin dans la peau animale.
Une nouvelle fois, l’artiste travaille un matériau fragile, instable et voué à la dégradation. Par lui, il donne littéralement corps et chair à cette histoire qu’il va exposer au monde extérieur. Les photographies Immersion 1 et World résultent de cette exposition : sur une plage de sable noir, en bord de mer, l’artiste recouvre un kayak de lambrequins en cuir de vache. Dans le même contexte, il les entasse aussi sur une palette de transport signifiant l’importation. En ce sens, avec le lambrequin en peau de vache, Jean-Claude Jolet traverse plusieurs dimensions : (néo)coloniale, architecturale, culturelle, migratoire, commerciale, corporelle et ethnologique.