Né en 1981
Il vit et travaille régulièrement à La Réunion
Les hauts d’une île, 2018, photographie argentique numérisée, tirage sur bâche, 310 × 310 cm, courtesy de l’artiste
Au cœur de cette vaste étendue, se dévoile un paysage d’une beauté inouïe, où les lianes, maîtresses des lieux et conquérantes, se déploient silencieusement en un camaïeu de vert, enveloppant tout sur leur passage. À travers les formes fantomatiques qui émergent, on devine les vestiges d’un paysage englouti. Dans cette vision artistique, point de flots tumultueux ou gigantesques, mais une étreinte implacable d’une végétation réclamant un territoire. Morgan Fache ne nous partage pas seulement une expérience esthétique, il se fait le témoin des stigmates laissés par un passé post-colonial dont les conscéquences sont visibles aujourd’hui dans certains paysages, notamment dans les Hauts de l’île de La Réunion. Ainsi, comme nous le rappelle la chercheuse et documentariste anglaise Susan Schuppli, la nature, en tant que système complexe et dynamique, possède une forme d’autonomie et a cette capacité à s’écrire elle-même* dans le sens où elle génère ses propres traces, documente ses propres histoires et processus.
Cathy Cancade
Depuis 2012, Morgan Fache pratique la photographie de manière engagée. Aussi documentaires que sensibles, les images nous immergent au sein de communautés spécifiques à La Réunion et plus largement dans la région de l’océan Indien. Chaque série résulte d’une recherche au très long cours. L’artiste prend le temps de la rencontre pour en restituer les corps et leurs milieux : les hauts de l’île, un quartier, une famille, une ville. Dans une perspective sociétale et politique, il visibilise celles et ceux qui vivent à l’écart, par tradition, par choix ou par contrainte.