1952-2019, Île Maurice
Artiste mauricien engagé, il a développé un travail mêlant art, mémoire, signes, symboles et archétypes et activisme politique, s’il questionne ici l’histoire coloniale, il a dès ses débuts dans les années 1970 fait table rase des pratiques artistiques mauriciennes alors encore à l’œuvre.
1000 Rondin/Totem pu Lamemwar, 1998 – Projet artistique réalisé à Vieux-Grand-Port (île Maurice), présentation d’archives et de documents liés au projet.
Firoz Ghanty a présenté son premier solo à Maurice en 1972. Ce plasticien autodidacte était aussi engagé dans les combats politiques des décennies 70 et 80, à la gauche de la gauche, apprécié aussi pour ses écrits en faveur du mauricianisme et de la kreolité.
Enfant du Pop art, des déchireurs d’affiches et de l’Arte povera, Firoz a développé son langage plastique en se souciant à ses débuts de la fonction de l’art dans la construction de l’île Maurice indépendante, puis il a élargi son expression au thème des signes, symboles et archétypes de tous horizons temporels et spatiaux, avant d’aborder les questions existentielles et philosophiques à partir des années 2000. Ses créations n’avaient pas systématiquement de lien avec ses positions politiques, comme ici avec l’organisation de 1000 rondin/totem pu Lamemwar.
Cette installation éphémère en trois dimensions fait figure d’exception sur le plan formel, dans son parcours. Montée en extérieur, à Vieux-Grand-Port, sur la côte Est de Maurice, faite de matériaux naturels, cette création s’inscrivait dans les réalités du village, sur une de ses plages, près du débarcadère qu’utilisaient pêcheurs et marchands de sable. C’était une forme de Land art. Les bois de goyavier taillés et plantés dans l’eau et le sable étaient marqués d’une croix peinte en noir, symbolisant l’anonymat et la décultura-tion imposés aux esclaves. Chaque rondin/totem était censé incarner un ancêtre, faisant corps avec les éléments, invitant les visiteurs et promeneurs au recueillement.
Firoz s’indignait en 1998 que le ministre de la Culture ait voulu célébrer les 400 ans de la colonisation hollandaise, sans sp occuper des esclavés, ad E comme meubles, maltraités etdébarqués au même moment…
Lorsqu’il a imaginé cet événement en dissidence contre ces commémorations officielles, il n’avait pas de liens avec le plus ancien village de Maurice, mais sa proposition y a été accueillie avec enthousiasme. Rendre hommage aux premiers esclaves était porteur de sens pour ses habitants, quelles que soient leurs origines.
Un comité organisateur a été créé, les réunions préparatoires se sont enchaînées de mois en mois, de multiples contacts ont été établis, pour construire le programme. La date du 23 août 1998 s’est imposée, car elle venait d’être décrétée, par l’Unesco, Journée Internationale du Souvenir de la Traite négrière et de l’Abolition.
Au jour dit, tout ne s’est pas passé comme prévu mais la magie a opéré… Les activités ont ravivé la flamme d’une culture populaire qui avait encore beaucoup à dire. Les habitants étaient fiers de faire rayonner l’histoire de leur village, à travers l’art et la musique, heureux d’accueillir le chanteur réunionnais Danyel Waro et de retrouver le conteur et ravannier de Mahebourg, Fan-fan.
Le soir venu, Danyel Waro a chanté Banm Kalou Banm à la lueur des flambeaux introduisant son maloya par un rituel mémoriel, avant le concert donné avec plusieurs groupes de la région. Cette expérience représentait un idéal pour Firoz, où la vie et l’histoire d’un village sont constitutives des pratiques artistiques.
Le masque aux yeux et bouche ouverts que l’on retrouve sur les affiches et dépliants est la matrice du bronze, coulé par Devanand Bungshee, qui a été érigé le même jour. Témoignant encore aujourd’hui de cette initiative, ce masque en forme de disque solaire se regarde côté terre et côté mer.
Il invite à observer le passé dans toutes ses réalités sans effacer la contribution des majorités silen-cieuses… En février 2001, à l’occasion de la première commémoration mauricienne de l’Abolition de l’esclavage fixée au 1er février, le nouveau ministre de la culture Motee Ramdass, a dévoilé une plaque au pied de ce monument.