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« Trope » (2013)

Né en 1971 à Bornem en Belgique 

Impression pigmentaire, 2013, 200,5 ×148,5 cm, collection FRAC Réunion 


Les images du photographe belge Geert Goiris portent toutes l’empreinte d’une atemporalité, entre suspension ou anticipation du temps. On y retrouve un motif récurrent, les paysages désolés ou les territoires arides vidés de présence humaine. Est-ce le monde d’avant ou celui d’après ? Malgré leur nature extrêmement descriptive et détaillée (il utilise une chambre moyen format) ses photographies ne se laissent jamais appréhender par l’approche documentaire car les sites ne sont pas identifiables. C’est à une autre connaissance du monde qu’elles nous permettent d’accéder. Elles activent, par leur aspect haptique, le travail de la vue qui cherche à pénétrer les images en générale imposantes par leur grand format ou cadrage. Pour Trope, Geert Goiris érige un arbre qui a perdu toute forme de vie en présence monumentale. Un sublime palmier sicilien affirme sa superbe et son caractère sculptural. Les valeurs atonales accentuent à la fois l’aspect graphique du spécimen végétal et la dramaturgie de l’image. Cette combinaison d’un traitement anti-spectaculaire et le choix de la pellicule noir et blanc prend à contrepied l’usage ontologique du medium photographique pour déstabiliser l’acuité visuelle. Le regard fouille dans les noirs, creuse les interstices, il cherche à comprendre les formes acérées de ces palmes à l’allure métallique. Goiris opère alors un glissement du réel vers le décor irréalisant l’environnement, il met en tension l’équation irrésolue entre nature et culture. 

Geert Goiris développe un travail photographique qui invite à la contemplation de paysages naturels ou urbains, les grands espaces comme les fragments. Il s’attèle à photographier des espaces arides éloignés de tout repère géographique (océan, montagne, sites industriels) avec un goût pour le grand format, la netteté, les jeux d’échelle et la photographie aérienne. Ces images sobres offrent des expériences visuelles variées. Il capte les modulations du ciel lors d’un phénomène atmosphérique du Midwest américain (Mammatus, 2010), les rochers de la mer (Andrea, 2011) ou l’architecture expressionniste d’une église prise en contre-plongée (série Fragments, 2012) ; mais aussi des objets plus modestes, une bougie qui fond (Melting snow,2005), un pissenlit luminescent (Dazzle, 2014). Il nous invite à pénétrer un univers mélancolique qui a pour référent le réel tout en ouvrant des espaces fictionnels. Cette approche qu’il nomme « le réalisme traumatique » nous conscientise sur la double composante de la perception, linéament du réel et de l’imaginaire. 

Diana Madeleine, 2020