« La robe de Rahariane »
Entre fantôme et parure, la robe de Rahariane se dresse comme une présence sans corps. Créée en 2025 pour l’exposition-performance Kabarim Behivavy du collectif Au chant des Sirènes à l’Alliance Française de Tananarive — projet lauréat de la bourse de création de l’Alliance 2025 —, cette oeuvre rejoint aujourd’hui le FRAC Réunion à l’occasion de l’événement national Rendez-vous aux Jardins, en juin 2026.
Tissée de papier antaimoro incrusté de feuilles médicinales et tinctoriales, suspendue dans l’espace, la robe impose d’emblée son paradoxe fondateur : l’absence incarnée. Le vide qu’elle enveloppe n’est pas manque, mais plénitude spectrale — trace, empreinte, mémoire botanique pour figurer ce que le corps a quitté.
Rahariane est ici archétype : reine malgache, femme marrone, guérisseuse transplantée à La Réunion. Sa robe n’est pas costume mais peau, territoire, palimpseste. Le papier antaimoro, héritier d’une écriture sacrée malgache, dialogue avec les plantes tinctoriales pour inscrire dans la matière même le déplacement — ce glissement douloureux et fondateur entre Madagascar et La Réunion, entre colonisation et résistance, entre disparition et persistance. La parure végétale ne décore pas : elle guérit, elle marque, elle témoigne.
Sa présentation au FRAC Réunion s’inscrit dans un geste plus vaste. La robe de Rahariane constitue le point d’ancrage de la résidence verte Tan rouge ou les lianes de Rahariane — soutenue par le Ministère de la Culture et le CNRS — que je déploie en 2026 au Conservatoire et au Jardin Botanique de La Réunion avec comme visée la transformation écologique de ma pratique autour d’une recherche en plantes tinctoriales. Cette résidence vient en résonance avec la pensée de Dénétem Touam Bona sur le marronnage comme esthétique du vivant. Ce que l’on contemple n’est donc pas une fin, mais un rhizome : une œuvre qui pousse, un paysage marron en devenir.