Pour des raisons techniques et de sécurité, la maison de la Collection Réunion à Piton Saint-Leu, est fermée. Les expositions se déroulent hors les murs. Le jardin-collection est quant à lui, ouvert au public de façon permanente. Merci de votre attention.

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Exposition

hors les murs

Lieu

Villa de la Région, 49 rue de Paris 97400 Saint-Denis

Samedi 10 septembre au dimanche 4 décembre 2022

Horaires

Du mardi au dimanche
De 10h à 12h et de 13h à 17h
Entrée libre et gratuite
Sur réservation pour groupes et scolaires : public@fracreunion.fr

Vernissage

Vendredi 9 septembre, 18h

Documents à télécharger

livret_pédaHB2-min.pdf (1.0MO)

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Exposition collective

 


Avec 

Farah Al Qasimi

Rina Banerjee 

Denis Darzacq 

Samuel Fosso 

Gwladys Gambie

Brandon Gercara

Alberto Giacometti

Sunil Gupta

Stéphanie Hoareau

Alice Mann

Anie Matois

Sanjeeyan Paléatchy 

Shine Shivan

Raoul Ubac

Wilhiam Zitte

 


 

Réunir des œuvres de la Collection du FRAC RÉUNION autour du thème du corps — corps-maison, corps-foyer, corps-refuge, corps-racine, corps-paysage, corps-pensé… — s’inscrit dans une volonté soutenue de toujours amplifier une démarche d’ouverture au monde et à l’autre, de s’enrichir des différences et de témoigner d’un patrimoine artistique, sociétal et culturel universel à défendre.

La version augmentée de home body présentée aujourd’hui à la Villa de La Région permet d’associer à ce corpus d’œuvres issues de la collection du FRAC RÉUNION deux jeunes artistes réunionnais·es. Cet ajout témoigne sans conteste d’une quête constante et intergénérationnelle de l’affirmation de soi au travers d’expérimentations esthétiques et techniques. 

  

nul ne devrait se soucier / de ce que nous faisons de notre corps / et encore moins ceux qui ne se sont / jamais mis une seule fois à notre place *[1]

Les artistes présent.es dans cette exposition interrogent la place du corps — celle que chacun de nous lui accorde dans son intimité, en famille, dans le groupe, dans l’espace — comme celle que la société accepte de lui concéder. Ici, le corps est espace refuge. Là, il dessine la cartographie d’une vie, d’un héritage, d’une ou de plusieurs identités. Ici, les corps sont rejetés par l’Autre parce que féminins, racisés, immigrés, fragilisés… Ailleurs, ils s’affirment, visibles, connectés à l’esprit, libres.

i dive into the well of my body / and end up in another world / everything i need /already exists in me / there’s no need / to look anywhere else[2]

 

Les artistes attestent de la nécessité d’être en harmonie avec son corps, en paix, et de n’aller chercher nulle part ailleurs qu’en soi les forces fondamentales de l’existence. 

La quête d’un « soi » — par l’affirmation, la prise de liberté et la réalisation — est sans égale depuis le début du 21e siècle dans une société qui tente de s’affranchir des idées reçues, des blâmes, des oppressions et des rejets. La recherche d’une connexion entre ce que nous pensons, ce que nous sommes et ce que notre corps affiche, ce que notre corps ressent et ce que nous vivons, se traduit dans cette exposition par des œuvres puissantes qui allèguent de ce désir d’affirmer une présence, de consolider un chemin, de témoigner d’une liberté. 

 

Béatrice Binoche & Anna Vrinat


[1] Extrait de home body, rupi kaur, 2020. Éditions NiL, Paris, 2021. Traduit de l’anglais (Canada) par Sabine Rolland.

[2] je plonge dans le puits de mon corps/ pour me retrouver dans un autre monde / tout ce dont j'ai besoin / existe déjà en moi / nul besoin / de regarder ailleurs.  Ibid.

 

 


Farah Al Qasimi 

Farah Al Qasimi est née en 1991 à Abou Dabi, Émirats arabes unis. Elle vit et travaille à Dubaï, Émirats arabes unis et Brooklyn, États-Unis. Étudiante en photographie et musique à l’université de Yale, Farah Al Qasimi obtient son master à la Yale School of Art en 2017. 
Avec humour et au moyen d’un usage subtil et audacieux des couleurs, Al Qasimi nous conduit dans des intérieurs typiques de la classe bourgeoise de son pays d’origine, les Émirats arabes unis. Les éléments de décoration traditionnels y côtoient les objets utilitaires modernes, l’usage familier se fond dans la représentation sociale, l’esthétique propre au golfe Persique se mêle à celle héritée du colonialisme. Pour mettre en lumière cette hétérogénéité de goûts et de valeurs, l’artiste joue habilement avec les stéréotypes. Le résultat, hybride, saturé, à la fois joyeux et troublant, reflète les évolutions ultrarapides d’une toute jeune nation. La problématique culturelle, politique et religieuse de la visibilité des femmes, et plus généralement de la représentation des corps est aussi au centre de ses photographies qui, par leur caractère suggestif et leurs cadrages sophistiqués, contournent le tabou de la figuration en s’attachant à des objets érotisés et mettent au premier plan les femmes, ainsi que leurs interactions sociales, au sein des espaces qu’elles habitent. (Les rencontres internationales d’Arles, 2021).

Farah Al Qasimi photographie dans cette série des femmes dans leur quotidien, leur intimité, leur intérieur. Dans l’œuvre présentée, l’environnement pourtant poudré et moelleux semble contraindre ces deux femmes, malgré la présence du rose, symbole de douceur. Les corps sont enfermés dans leurs vêtements, confinés dans leur prison dorée.

https://farahalqasimi.com/Info

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Rina Banerjee

Plasticienne indienne, Rina Banerjee émigre très jeune avec sa famille à Londres, puis aux États-
Unis, où elle obtient son diplôme en peinture et gravure à Yale en 1995. Marquée par cette oscillation entre deux cultures, son œuvre, à la lecture complexe, s’intéresse très tôt au thème de la migration au travers d’une réflexion sur la mémoire, l’expérience, la mobilité des communautés, le local et le global. Elle questionne globalement la notion d’identité et se penche aussi sur la féminité, la sororité. Membre de la diaspora, elle en évoque la nature délicate, dans une société qui se veut multiculturelle. Plus largement, elle aborde la problématique du rapport à l’autre – dans la progression du sida, par exemple – ou bien à l’étranger, qu’elle représente souvent sous forme d’insecte. Elle brouille les pistes lorsqu’il s’agit d’évoquer l’ethnicité ou L’exotisme supposé, comme en témoigne sa réflexion sur la symbolique des vêtements, à la fin des années 1990. (Archives of Women Artists Research & Exhibitions, AWARE). 

Rina Banerjee, artiste indienne immigrée aux États-Unis, développe une recherche autour de la migration qui induit une identité forcément multiple et tiraillée. Quel est l’héritage de la colonisation ? Quelles places pour les espaces traversés ? Comment se construit-on avec ce chapelet de matériaux culturels, commerciaux, géographiques, ces héritages ?  Les corps augmentés qu’elle nous propose — plus de jambes, plus de bras — révèlent la complexité à se construire. Le foisonnement de couleurs vives trouble davantage le visiteur.

https://rinabanerjee.com/home.html

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Denis Darzacq

Denis Darzacq est né en 1961, il vit et travaille à Paris.
Diplômé de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs en 1986, section vidéo, il débute la photographie en suivant la scène rock française et devient également photographe de plateau sur de nombreux longs métrages (Satyajit Ray, Jacques Rivette, Chantal Ackerman, etc.)
À partir de 1989, il collabore régulièrement avec le quotidien Libération et plus globalement avec la presse nationale. Il devient membre de l’agence VU en 1997.
À partir de 1995, son travail photographique le porte à s’intéresser aux interactions des individus, issus de minorités, avec la société, qu’elles soient sociales et ethniques (Bobigny centre-ville, 2000, Nus, 2003, La Chute, 2006, Hyper, 2010), sexuelles (Only Heaven, 1995) ou encore physiques ou psychiques (Act 1 et Act 2, 2010-2015). Dans une recherche d’équilibre, véritable métaphore politique, le corps des modèles vient prendre position dans le cadre. Ses photographies sont construites sur des réalités paradoxales qu’il s’emploie à faire dialoguer. 
Depuis 2014, ces questionnements ont pris un développement nouveau par la réalisations de films (La visite du Louvre, 2016, Comme un Seul Homme, 2014, Sisyphe 2019) et la création d’installations vidéos (La ronde, 2017 et Rise, 2019).
Parallèlement à ces travaux qui incluent systématiquement la figure humaine, il déploie depuis une dizaine d’années un travail photographique autour d’objets qu’il met en scène dans des environnements neutres. (Recomposition, 2010, Contreformes, 2015, Absences, 2018, Apories, 2021). Ces photographies, dans une volonté de libérer du devoir d’informer, concrètes et abstraites à la fois, questionnent la matérialité et le sens des images.
Depuis peu, de photographies de corps ou d’objets sculpturaux, il est passé à la réalisation de sculptures (Les trophées, 2019 et Feuilles, 2021). 

Photographe et plasticien basé à Paris, Denis Darzacq a inscrit un pan de son œuvre autour de l’expression corporelle d’individus issus de minorités. Sa série Act explore ce sujet au travers d’un travail photographique auprès de personnes en situation de handicap. Ces images laissent entrevoir au travers de l’action et de la mise en scène des situations sensibles et oniriques. Tous ces modèles trouvent ainsi un biais d’affirmation du soi qui ignore alors le carcan réducteur qui leur est bien trop souvent assigné.

https://denisdarzacq.com/a-propos/

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Samuel Fosso 

Né en 1962 à Kumba, au Cameroun, puis élevé au Nigéria, Samuel Fosso fuit la guerre civile du Biafra et s’installe en 1972 chez son oncle à Bangui en Centrafrique. Il découvre la photographie grâce à un voisin auprès duquel il se forme et ouvre son propre studio à l’âge de 13 ans.
Il réalise des travaux de commandes (photos d’identité, commémorations, mariages) et débute, à l’âge de 15 ans, ses autoportraits. Influencé par des magazines de pop-culture qu’il trouve à Bangui, il se photographie dans des tenues qu’il fait confectionner spécialement par des couturiers locaux.
Suite à sa rencontre avec le photographe Bernard Descamps, Samuel Fosso expose pour la première fois ses autoportraits lors des Rencontres Africaines de la Photographie de Bamako en 1994 et connaît un grand succès. En 1997, il est invité à exposer en France à l’occasion des 50 ans de la marque Tati, aux côtés de photographes majeurs tels que William Klein, Dominique Issermann ou Sarah Moon.
Il remporte le prix Afrique en Création en 1995, puis le prix du Prince Claus en 2001. Ses autoportraits sont présents dans les collections des plus grands musées : Tate Modern à Londres, Centre Georges Pompidou et musée du quai Branly – Jacques Chirac. En 2017, une exposition personnelle lui est consacrée à la National Portrait Gallery de Londres. En 2020 paraît Autoportrait aux éditions Steidl, premier ouvrage monographique qui couvre l’intégralité de l’oeuvre de Samuel Fosso et qui comporte notamment une longue entrevue entre l’artiste et le grand critique d’art et commissaire d’exposition Okwui Enwezor.
L’artiste vit actuellement entre la France et le Nigéria.

Samuel Fosso, photographe autoportraitiste originaire du Cameroun, a posé sa marque dans l’histoire de la photographie contemporaine. Au gré de ses mises en scène, Fosso se fait modèle, metteur en scène, costumier, décorateur. Cette frénésie du détournement de sa propre image, de son propre corps lui permet d’échapper aux diktats de la conformité pour mieux célébrer l’irrévérence et les singularités. L’autoportrait chez Fosso ne se place pas tant dans une démarche d’affirmation de soi, mais par sa multiplicité, dans l’émergence d’un nous.

https://www.mep-fr.org/event/samuel-fosso/

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Gwladys Gambie

À partir de la Caraïbe et plus précisément de La Martinique, Gwladys Gambie (née en 1988, à Fort-de-France, diplômée du Campus caribéen des arts, Fort-de-France, en 2014) fabrique une mythologie incarnée par un personnage : Manman Chadwon (« la mère des oursins »). À travers cette figure à la fois féminine, animale et végétale, l’artiste peint et performe son propre corps - et par extension ceux des femmes noires caribéennes – dans une perspective d’empowerment. Elle précise : « le corps féminin a longtemps été, et est encore territoire d’oppression, de fantasmes, de clichés, de stéréotypes, de discriminations. Cela est d’autant plus exacerbé pour le corps féminin noir, pour tous les corps féminins racisés en réalité.» Manman Chadwon est une figure puissante et complexe. À l’écoute du vivant, elle est autant une guerrière, qu’un corps vulnérable en proie aux contaminations et aux agressions. Femme oursin à la peau rouge, aux jambes racinaires et échassières, Manman Chadwon se métamorphose perpétuellement. Elle est un corps ouvert, un corps caméléon, fertile et puissant qui s’hybride aux chimères animales et végétales. À la fois gardienne et combattante, elle veille pour défendre et protéger son fragile écosystème. (Julie Crenn, 2021) 

Gwladys Gambie, dans sa série Moko Chadwon, semble faire voler les personnages représentés. Artiste de la Caraïbe, la plasticienne œuvre à déconstruire les corps colonisés. Un grand sentiment de liberté, d’épanouissement, de recherche d’autonomie se dégage de ces deux œuvres. Perchée sur les échasses-prothèses qui ne sont pas un handicap mais l’outil du plus haut, du plus loin, cherche-t-elle à enjamber la mer ?

http://gwladysgambie.blogspot.com/

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Brandon Gercara

« Brandon Gercara est une personne non binaire, zoréole (une maman zorey [métropolitaine] et un papa créole). Ielle vit et travaille à La Réunion où ielle active une réflexion artistique militante portée envers les luttes féministes, décoloniales et LGBTQIA+. [Ielle] injecte sa réflexion plastique au cœur de la société pour en déconstruire la binarité sclérosante, les modèles dominants, les oppressions et assignations. Il s’agit alors de porter une stratégie collective de la joie pour transformer ces violences en une force aussi émancipatrice que vitale. » Ielle s’inscrit dans des pratiques hybrides construites autour de la performance pour incarner cette démarche, souvent à travers la pratique et la posture du drag, cette appropriation d'une gestuelle, d'une apparence, d’une parole. Ielle construit également, avec Requeer, un mouvement social : une « plateforme de pensées collectives, une association militante et artistique, qui s'inscrit au cœur de la société réunionnaise. Requeer (RE pour La Réunion) propose des actions construites à partir d’une pensée queer située et collective : des performances, des marches, des ateliers en milieu scolaire, des tables rondes, de la danse, de la musique, des conférences, des expositions ou encore l’ouverture d’un espace de ressources LGBTQIA+.» (J.C.)

Brandon Gercara est un·e artiste et militant·e activiste au sein du mouvement Kwir sur l’île de La Réunion. La série Conversations permet un archivage de la parole d’individus issus des différentes minorités sexuelles. Ce projet inclusif propose de mettre face à face un texte qui reprend un témoignage et la photographie de ladite personne sous des artifices drag. Ces attributs nouveaux permettent à la fois l’anonymisation du modèle mais également une émancipation certaine. Faire sur-exister ce que tant ont tenté d’invisibiliser. Revanche et protection, le déguisement demeure l’instrument de ceux qui se jouent de l’œil du regardant pour mieux exister.

Citations de Julie Crenn, Salon de Montrouge 2022

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Alberto Giacometti

Sculpteur et peintre suisse (Stampa, Grisons, 1901 - Coire, 1966), fils du peintre Giovanni Giacometti (1868-1933). Élève d'Antoine Bourdelle (1922-1925), il évolue, sous l'influence des arts primitifs et du cubisme, vers des formes simplifiées ; il développe une thématique obsessionnelle (Femme-cuillère, bronze, 1926, Kunsthaus de Zurich) qui s'épanouit, vers 1930-1935, dans les œuvres à la fois simples et ambiguës de sa période surréaliste (le Palais à quatre heures de l'après-midi, 1932, musée d'Art moderne de New York ; l'Objet invisible (1934-1935). Mais, à travers de multiples recherches, il revient à la figure humaine (figure debout immobile, figure en marche, buste), d'abord dans des sculptures, puis dans des dessins et des peintures. Ses sculptures, d'une facture tourmentée (Femme debout, 1948, Kunsthaus de Zurich ; Homme qui marche I et II, 1959-1960, Fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence), et ses toiles aux couleurs neutres et grises, structurées par des entrelacements linéaires (Diego, 1951, Kunsthaus de Zurich), ont en commun un allongement et un déchargement caractéristiques, et répondent à une volonté de situer les figures dans l'espace vide plutôt que de les décrire. Avec l'aspect d'inachèvement, ce dépouillement participe à l'expression hagarde et angoissée qui domine sa production jusque dans les œuvres plus étoffées et plus réalistes d'après 1957 (Caroline, 1962, Bâle).
 

Alberto Giacometti, qu’on ne présente plus, a développé une œuvre formidable reconnu mondialement. Ce Nu aux fleurs esquisse le buste d’une femme nue. On devine en arrière-plan un décor suggéré de fleurs et de fenêtres. Elle se présente à nous, élancée, fine, souveraine dans un corps longiligne, étiré. Elle semble sans âge. Elle affiche une belle détermination. 

https://www.fondation-giacometti.fr/

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Sunil Gupta 

Élevé au sein d’une famille de classe moyenne et anglophone, Sunil Gupta grandit à New Delhi, en Inde. Sa vie de privilégié l’isole des ravages que subit la nation après avoir arraché son indépendance au Royaume Uni. Tout change pourtant, lorsque ses parents partent pour le Canada, à Montréal, et qu’il se retrouve seul, sans amarres. Ce n’est qu’en arrivant à l’université qu’il rejoint les rangs d’un groupe d’étudiants militants et découvre sa destinée. Armé de son appareil photo, le jeune étudiant en commerce trouve là un moyen de s’exprimer et d’explorer son identité, à l’aube du mouvement de libération gay. Au milieu des années 1970, il s’installe à New York, où il crée la série en noir et blanc Christopher Street (1976), dédiée à des hommes faisant le trottoir, dans le quartier qui avait vu les émeutes de Stonewall quelques années plus tôt. En 1978, il part pour Londres et se retrouve pour la première fois confronté au racisme le plus abject. Il prend alors toute la mesure de l’impact et de l’étendue de la suprématie des blancs.
Tout en étudiant pour obtenir son Master en photographie au Royal College of Art, Gupta obtient une bourse qui lui permet de voyager, et retourne pour la première fois en Inde. Il passe six mois dans un village, étudiant les façons dont le dénuement extrême est incrusté dans la structure sociale des lieux. De retour à Londres, il cherche à exprimer ce qu’il a vu, et se rend compte que personne n’a envie d’entendre. Les éditeurs ne s’intéressent qu’à des photos touristiques sophistiquées, destinées à aiguiser le goût des bourgeois pour l’exotisme, ou à des évocations paupéristes reflétant les divagations du poète britannique Rudyard Kipling et de son œuvre Le fardeau de l’homme blanc.
Écœuré, Sunil Gupta se détourne du photojournalisme et de la photographie commerciale, pour s’ancrer dans la communauté locale des photographes londoniens. En 1988, il participe à la création d’Autograph ABP. « Nous étions fermement décidés, non seulement à inclure des sujets noirs et asiatiques dans nos clichés, mais également à faire en sorte qu’eux aussi prennent des photos », explique Sunil Gupta, depuis sa résidence de South London.
Pour lui, le personnel est politique. Séropositif depuis 1995, Sunil Gupta est un battant et un rescapé. Au cours des cinq dernières décennies, il a assisté à la décriminalisation de l’homosexualité aux États-Unis, au Royaume Uni et en Inde, et consacre toute son énergie à décoloniser la photographie, image après image.

Sunil Gupta, artiste d’origine indienne vivant à Londres, crée la série The New Pre-Raphaelites en 2008 avec la volonté de soutenir le combat pour faire annuler une loi datant de l’ère coloniale, l’article 377 du code pénal indien, criminalisant l’homosexualité. L’œuvre nous montre une personne dont la présence et l’allure sont indéniables. Le regard et la posture affichent une puissance intense de défi. Le rouge écarlate et le vert franc et lumineux de son sari, le fond violet marbré, les bijoux en or, tout ici est une déclaration d’assurance et de prise de liberté, de défi.

https://www.sunilgupta.net/

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Stéphanie Hoareau

Stéphanie Hoareau fait de la peinture un médium de prédilection. Dès le départ, elle peint la part cachée de l’île de La Réunion en explorant ses paysages et ses habitants. […] L’artiste arpente aussi bien les paysages naturels que les paysages urbains : propices à l’observation d’une autre faune. En 2012, elle entreprend un projet d’ampleur consacré aux figures marginales de l’Île. […] Des individus qui vivent à l’écart de la société, suscitant aussi bien la méfiance que la fascination. Ils sont à l’origine de légendes puisqu’à leurs propos court une multiplicité de rumeurs, d’histoires et d’anecdotes. […] Des photographies à la peinture, en passant par la sculpture et la vidéo, l’intensité des regards nous interpelle. La confrontation des regards, les leurs, les nôtres, produit autant de fascination que de malaise. À la marginalité de ses personnages, Stéphanie Hoareau préfère la liberté et la fragilité de leurs existences en rupture avec le réel organisé de la société. (Julie Crenn, 2019)

Stéphanie Hoareau s’intéresse particulièrement dans cette série à la transmission familiale, à la place que chacun occupe dans la lignée, la fratrie, aux secrets enfouis, aux blessures, aux souvenirs. Ses dessins sur porcelaine extrêmement délicats dévoilent des scènes de vie quotidienne où chacun investit l’espace avec plus ou moins d’intensité, de présence. Ils dévoilent une intimité familiale. L’on ressent des corps détendus et qui paraissent sereins, en confiance. 

https://reseau-dda.org/fr/artists/stephanie-hoareau

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Alice Mann 

Née à Cape Town en 1991, Alice Mann vit et travaille entre l’Afrique du Sud et Londres.
Alice Mann est une artiste photographe sud-africaine basée à Londres dont les essais de portraits intimes explorent les notions de création d'images en tant qu'acte de collaboration. Elle vise à créer des images qui participent à l’émancipation de ses sujets et crée des projets sur de longues périodes, permettant des représentations engagées et nuancées.
Son travail a été exposé au Red Hook Labs (NYC), à la Unseen Photo Fair (Amsterdam), à l'Addis Foto Fest (Addis Abeba), au Centre international de la photographie NYC) et à la 1:54 Contemporary African Art Fair (Londres). Le travail personnel et commandé de Mann a été publié dans le monde entier, notamment au sein de The Guardian, The New Yorker, The New York Times Magazine, Artsy, British Vogue, The British Journal of Photography et National Geographic.
Sa série primée « Drummies » explorant les équipes féminines de majorette de tambour en Afrique du Sud, a été sélectionnée comme lauréate du prix Lensculture du photographe émergent (2018), du prix PHMuseum Women's « New Generation » pour un photographe émergent (2018). Quatre images de la série ont remporté la première place au prestigieux prix du portrait Taylor Wessing (2018). Mann a également été lauréate du Grand Prix lors de la 34e édition du Festival international de mode et de photographie de Hyères (2019).

Alice Mann est une photographe sud-africaine qui étend ses projets sériels sur un temps assez long afin de capter les variations et créer du lien avec les individus qui posent devant son appareil. La série Drummies suit les jeunes majorettes d’une école primaire d’un quartier défavorisé de Cape Town. Ces images de très jeunes filles, sans ignorer les questionnements autour de la féminité et de la sexualisation, dépassent ceux-ci en choisissant de montrer ces sujets sous le prisme de l’empowerement. Ces jeunes filles ne sont ni commentées ou évaluées mais dominent bien souvent l’appareil, et laissent ainsi entrevoir l’émancipation à laquelle elles prennent part.

https://www.afronova.com/artists/alice-mann/

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Anie Matois 

Née en 1996, Anie Matois est une artiste pluridisciplinaire réunionnaise. Diplômée de l'ESA Réunion, elle vit et travaille sur l'île.

Anie Matois est une jeune artiste réunionnaise qui travaille plusieurs médiums tels que la broderie, le crochet, la peinture ou le fusain et questionne dans son oeuvre les normes identitaires. La couleur de peau, la culture réunionnaise, le tour de taille, le genre sont des sujets qu’elle tire de sa propre individualité pour questionner les contours limitant de la normativité. De ses œuvres se dégage souvent une douceur, qui vient toujours contraster avec la violence du sujet abordé. Les normes ne sont pas seulement questionnées, mais bien repoussées. La chaise devenue trop petite pour un corps de femme est esquissée, non finie. La chaire, elle, est colorée, bien réelle et affirmée.

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Sanjeeyann Paléatchy 

Sanjeeyann Paléatchy est né au Port en 1989. Dès son plus jeune âge, il affiche un amour pour les plantes et les fleurs. À l’âge de cinq ans, il accède à un enseignement spirituel hindou à l’Ashram du Port et découvre les peintures de Patrick Nantaise, peintre portois dont il ne connaitra que les toiles qui décrivent des scènes mythologiques hindoues. C’est le début d’un goût pour une certaine poésie, et d’une admiration pour l’art. C'est dans cet univers empreint de philosophie orientale et de passion pour les fleurs que le jeune Sanjeeyann se cultive.
Il fait ses études à l’ESA Réunion de 2008 à 2014, années durant lesquelles ses expérimentations le mènent vers l’installation, la photographie, l’écriture, mais c’est au contact de la nature que son travail prend toute son ampleur. Admiratif des œuvres de Andy Goldsworthy et de Wolfgang Laib, il s'essaye à l'installation et à la sculpture. 
"Au début, le rien, le tout non manifesté. C’est en m’intéressant au vide que j’ai commencé à coupler ma spiritualité à ma création. Qu’est-ce que le vide ? Le non né. Ce qui par définition n’est pas. Dans l’hindouisme, on parle de Cela qui est rempli d’énergie endormie. Un état inerte qui se révèle uniquement lorsqu’il est invoqué dans une forme. Ma pratique artistique est de mettre en forme ces énergies, de les invoquer et de les évoquer dans mes œuvres. Telle la pratique du chamane, je m’applique à faire passer des informations d’un monde à l’autre. De l’informe à la forme."

Sanjeeyann Paléatchy met en scène les gardiens et gardiennes de la nature (série Veli). Ici, un humain en son royaume (les marais de Bourges) affirme sa place dans sa connexion à la magie du vivant. Il est l’eau, il incarne les guirlandes de feuilles prolongement des tatouages de son corps, il rencontre la lumière. La présence des verts et de l’eau apporte l’apaisement.

https://www.sanjeeyann.com/

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Shine Shivan

Shine Shivan nait au Kerala en 1980. Ayant grandi dans le paysage luxuriant de sa ville natale de Kulananda, il développe un penchant pour la nature. Il fréquente une forêt voisine même après le départ de sa famille à Faridabad. La forêt est depuis pour lui une source d'inspiration intemporelle. Cela se confirme dans sa pratique artistique quand il utilise des matériaux organiques comme les excréments de cerf, les têtes de poulet, les plumes et les os crus. 
L’exploration des questions de genre est au cœur de l'engagement artistique de Shivan, comme dans sa série Glimpse of Thirst (2013) dans laquelle il assemble habilement des formes fantastiques en utilisant des grappes d'yeux exaspérants, des gencives et des dents exposées, des fontaines de cheveux et des figures squelettiques. Ces formes sont montrées en travestissement et en jeu de rôle - évitant la catégorisation de genre - pour soulever des questions sur les rôles conflictuels du genre.
En un peu plus d'une décennie, Shivan a créé un langage artistique très personnel pour articuler ses idées chargées. Son œuvre passionnante, qui comprend également la photographie, la vidéo et la performance, se caractérise par une énergie et un dynamisme bruts, reflets de sa propre personnalité. Pour lui, rien n'est trop provocateur ou hors limites. Il a, dans le passé, largement utilisé la taxidermie dans sa pratique et dans sa récente série, Artha Yatra, il introduit un nouvel idiome dans le dessin en utilisant des épingles de cactus et des pigments naturels pour créer des œuvres massives plus fines que les gravures. De cette façon, Shivan s'est constamment engagé à repousser les limites de l'art visuel, créant des œuvres innovantes qui évoquent la curiosité, l'émerveillement et surtout suivent la logique de son cœur.
Les œuvres de Shivan ont été largement exposées à travers le monde, notamment à la Tate Modern de Londres, au Royaume-Uni ; MOCA Taipei, Taïwan ; Biennale de Prague 5 ; et Kastrupgardsamlingen, Copenhague, Danemark. Il a obtenu un B.F.A. du College of Arts de Delhi, et a ensuite fait son M.V.A. de l'Université Dr Bhim Rao Ambedkar, Agra. Inde. Il vit et travaille maintenant entre Kochi et Faridabad. (Sakshi Gallery).

Shine Shivan, artiste indien vivant entre Kochi et Faridabad, déploie des corps qui dansent, auréolés, enrubannés, « bijoutés », coiffés, peut-être un peu canailles. Nus. Une nudité joyeuse. Même lorsque les couleurs sont sombres, les lumières orange auréolent le discours posé par l’artiste qui rejette la catégorisation genrée des corps.

https://www.mu-inthecity.com/shine-shivan-galerie-felix-frachon

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Raoul Ubac

Raoul Ubac est né le 31 août 1910 à Cologne en Allemagne. Vivant ensuite à Malmédy, il y entame des études pour devenir inspecteur des Eaux et Forêts. À Paris, il fréquente peu à peu les écrivains et les artistes et s’initie à la gravure chez Stanley William Hayter dans “L’Atelier 17”. De 1936 à 1939, son activité est très liée à celle des Surréalistes et se développe beaucoup autour de la photographie mais la guerre interrompt ce travail. Pendant l’occupation allemande, il se consacre à la réalisation de grands dessins à la plume très minutieux, représentant très souvent des natures mortes à la fois objectives et étranges. En 1946, au cours d’un séjour en Haute-Savoie, il ramasse un fragment d’ardoise dont la forme l’attire et à l’aide d’un vieux clou y grave un dessin. Il est fasciné par ce matériau nouveau qu’il n’abandonnera plus , même si l’année suivante, il se décide à aborder la peinture. À partir de ces deux medias, il développe son style tout en creux et en relief. Devenu ami de Bazaine et du groupe des “Peintres de Tradition française”, il s’oriente dans la voie de l’abstraction. Bien qu’abstraites ses œuvres s’inspirent de deux thèmes : le corps et le paysage qui sont pour Ubac liés analogiquement.

Raoul Ubac est un artiste moderne proche du courant surréaliste. Ses photographies sont un terrain d’expérimentations constantes : association des négatifs, surimpression et solarisation, superposition ou décalage du négatif et du positif. Toute nouvelle technique est prétexte pour déployer une nouvelle esthétique et avec elle, explorer de nouveaux sens et de nouvelles formes. Les deux photographies présentées contournent toute érotisation du corps de la femme par les déformations dues aux traitements appliqués par l’artiste. La femme photographiée pour « la nébuleuse » devenue abstraite, se change alors en une « déesse foudroyante » pour Ubac. 

https://www.galerie-laurentin.com/raoul-ubac

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Wilhiam Zitte 

Né à Saint-Benoît en 1955, Wilhiam Zitte a vécu et travaillé à La Réunion. Cet artiste, devenu incontournable sur l’île, a développé son œuvre autour d’un militantisme en faveur de la créolité et de la mémoire de l’esclavage. Créateur du concept d’artcréologie, Wilhiam Zitte déploie son travail autour des représentations populaires des Réunionnais·es et de leurs coutumes. Il use de matériaux tels que le plâtre, le carton ou encore la toile de jute, qu’il s’est approprié lors de ses années d’enseignement dans la commune de Saint-Leu pour soulever, souvent avec impertinence, les problématiques raciales héritées de l’esclavage. Il réhabilite la figure du « cafre » au travers notamment des pochoirs qu’il utilise dans l’espace public. En parallèle de cette pratique artistique foisonnante et politique, il dirige l’Artothèque du Département de 1995 à 1999 et son travail est alors régulièrement exposé sur l’île, en métropole mais également à l’international.

Pionnier de l’art contemporain à La Réunion, Wilhiam Zitte est un artiste militant en faveur de la reconnaissance de l’identité réunionnaise. Comme sortis des méandres de la mémoire, les portraits de noirs représentés par Willhiam Zitte surgissent de l’obscurité révélant des figures de kaf.rines anonymes, hommes et femmes de l’ombre. Peintes au pochoir sur un fond noir, elles apparaissent telles des spectres, des corps dont seul le contour nous est donné à voir et la volumétrie rendue par des rehauts de blanc. Ces représentations sont directement influencées des photographies anthropomorphiques de Désiré Charnay qu’il a découvert au début des années 1990 et qui font à la fois écho à l’étude et la taxonomie des types raciaux au XIXe siècle et à l’exhibition des noirs. Elles forgent le socle du vocabulaire plastique de Zitte fondé sur la figure du noir, la « tet kaf », qu’il déclinera à foison sur tous supports (papier journal, goni, mur de la ville).

 

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