Le jardin-collection est de nouveau ouvert au public du mercredi au vendredi !
L’équipe administrative du FRAC RÉUNION vous reçoit sur rendez-vous uniquement.
Merci !

la programmation

Fèy, Flèr, Rasine

dans les murs
Lieu

Maison Dussac – FRAC Réunion

6 allée des Flamboyants, 97424 Piton Saint-Leu

Horaires

5, 6 et 7 juin 2026

Une exposition-déambulation dans le jardin-collection du FRAC Réunion

Sébastien Clément, Malcom de Chazal, Nils Udo, Catherine Boyer, Thierry Fontaine, Tatiana Patchama, Sanjeeyann Paléatchy, Jack Beng-Thi, Magalie Grondin et Philippe Gaubert

 


 

Le Fonds régional d’art contemporain de La Réunion décide cette année de participer à la manifestation nationale phare organisée par le ministère de la Culture, Les Rendez-vous aux jardins. Avec son jardin conçu en 2022 par le paysagiste réunionnais Sébastien Clément, fondateur de l’association de jardiniers, L’École du jardin planétaire, concept central du paysagiste homonyme mondialement reconnu, Gilles Clément, le Frac Réunion a toutes les raisons de le faire et de vouloir faire mieux connaître ce remarquable jardin.

Mais il y a une autre raison essentielle pour le Frac Réunion de s’associer à ces rendez-vous qui occuperont chez nous, avec un programme de découvertes et d’animations ambitieux, tout le week-end des 5, 6 et 7 juin. La question de la relation au végétal est en effet de mille manières un fil conducteur évident de beaucoup de démarches contemporaines d’artistes à La Réunion. À travers un premier cheminement ponctué de six œuvres – pour la moitié d’entre elles, extraites de la collection, installées dans tout le jardin sous la forme de reproductions à l’échelle 1 sur des portants en aluminium –, il s’agit de donner un bref aperçu de la façon dont le végétal est considéré comme une source d’inspiration inépuisable par les artistes sous les tropiques.

Il n’était pas possible d’inaugurer ce parcours en faisant l’impasse sur l’un des artistes mauriciens les plus importants de toute la région, décédé en 1981, Malcom De Chazal. La gouache de 1970 conservée dans la collection du FRAC Réunion, « Une fleur, deux palmiers », que l’on pourrait dire d’inspiration matissienne, comme presque tout son travail, est emblématique du sens plastique de ce poète devenu peintre dans le cours des années 50, encensé par les surréalistes à la fin des années 1940, qui voulait célébrer d’une manière toute spirituelle le merveilleux de son île tropicale.

Fissure dans la lave, langue de feu, fait partie d’une série de 7 photographies sur le thème du volcan de l’artiste allemand Nils Udo, né en 1937, conservée également dans la collection du FRAC Réunion. Connu pour ses multiples interventions in situ dans les paysages tout autour du globe, il fut invité à ce titre en résidence à la Réunion en 1990 par son premier directeur, Marcel Tavé. Avec des moyens très simples, accessibles dans le cours d’une promenade, la rencontre du minéral et du végétal lui permet de rendre compte de la magie de la lave en fusion à l’origine des paysages de l’île.

Plus explicitement encore, la dimension métaphorique est caractéristique des magnifiques dessins au stylo-bille et crayons de couleur de la série Divineariane de Catherine Boyer. Ici l’allusion explicite à l’architecture moléculaire du végétal est une ode indissociable au corps féminin : « Mon corps est une extension du paysage et inversement », dit-elle. « Je suis une orchidée », confiait-elle récemment à la critique d’art Julie Crenn.

Fidèle à sa méthode de composition photographique, la série d’images de Thierry Fontaine intitulée Sueur (2021-2022), réalisée dans un verger créole, rend hommage au travail invisible des femmes venues d’Afrique, d’Inde, de Chine ou de Madagascar dans les plantations coloniales. Elle fait dialoguer le minéral des perles marines mêlées à l’eau « se confondant alors avec la rosée, la sueur et les larmes » et les larges feuilles du songe, les feuilles de vanillier, de manguier, de poivrier, de cacaoyer, de caféier et d’autres plantes du jardin, espèces transplantées vers l’île depuis d’autres terres, suggérant un corps humain fragmenté — lobe d’
une oreille, creux d’ une joue, « corps diasporique, morcelé » auquel les perles viennent s’accrocher.

L’empreinte du corps humain tapissé de fleurs de Sanjeeyann Paléatchy, une image extraite de l’une de ses toutes premières performances réalisées dans le cadre de son diplôme de fin d’études à l’École Supérieure d’Art de La Réunion en 2014, est typique d’une tout autre relation au végétal très présente à La Réunion et en particulier à la fleur et ses coloris chatoyants, notamment dans les cérémonies Malbar.

Cette approche tournée vers la nature en tant que réceptacle de la dimension spirituelle et métaphysique n’est pas sans faire écho aux images de « racines torturées remplies de vertiges » des arbres banyan de Jack Beng-Thi. Cette « archéologie racinaire » constitue pour lui « un alphabet de signes » offert « au marcheur silencieux » nommé ici Arc sacré et Intenses morsures, qui renvoie à toutes les traditions vernaculaires et cultuelles des traditions humaines.

Cette déambulation libre permettra également de redécouvrir le jardin Parenthèse ouverte « hors de notre monde commun » de l’artiste Tatiana Patchama réalisé en 2020 et tout récemment réhabilité. Entre plantes pourpres, lianes vagabondes et multiples formes de vie, le jardin se transforme sans cesse et cherche ses propres équilibres comme une œuvre vivante traversée par le temps, la sécheresse, les insectes, les disparitions et les renaissances.

Ces 7 exemples d’incarnations très diverses et vivantes du végétal dans le travail des artistes contemporains seront visibles jusqu’au 14 août 2026. En parallèle, le week-end des 5, 6 et 7 juin, deux autres œuvres viendront compléter et enrichir les investigations de ce parcours.

Dans la petite volière du jardin, nous pourrons découvrir une œuvre de Magalie Grondin, point d’ancrage de sa résidence en cours soutenue par le ministère de la Culture et le CNRS au Conservatoire des Mascarins autour d’une recherche sur les plantes tinctoriales. « La robe de Rahariane », tissée de papier antaimoro, incrustée de feuilles médicinales et tinctoriales, rend hommage à cette fameuse reine marrone et guérisseuse malgache morte en 1751. Cette robe, nous dit l’artiste, « qui n’est pas costume mais peau, territoire, palimpseste », « suspendue dans l’espace, impose son paradoxe fondateur (…). Le vide qu’elle enveloppe n’est pas manque, mais plénitude spectrale — trace, empreinte, mémoire botanique pour figurer ce que le corps a quitté ».

Pendant tout le week-end sera par ailleurs projeté, en avant-première, dans l’un des espaces attenant au parvis du Frac, face au pavillon Martin, le film en cours de finalisation du photographe et documentariste Philippe Gaubert, « Des hommes et des plantes » (78 mn), un voyage passionnant au cœur de l’univers végétal de la société traditionnelle malgache au carrefour d’enjeux politiques
et commerciales « dont l’issue peut bouleverser l’avenir du pays ».

 

Jean-Christophe Royoux
Directeur du FRAC Réunion